L’été sait – K.B

                                       L’été sait

 

L’été sait.
Il sait que les fleurs partiront
Il sait que le givre tuera les arbres.
Il sait que l’amour gèlera
Que les membres se cacheront
Que les squelettes des branches
Oscilleront comme des fous
Décharnés
Faisant luire l’éclat fou
De leur yeux
Dans les nuits précoces
Et sans avenirs
Autre qu’un blizzard
Le lendemain
Qui achèvera la sève.

Les hommes se consoleront
Avec la liqueur et le chocolat
Les femmes mettront des fourures
Et les enfants auront des fous rires,
A cheval sur leurs parents
Disparaissant sous les couches
De pommades pour éviter les gercures.

Lèvres sèches sans baisers
Lèvres impropres à communiquer
L’âme, terminé ! La bouche mouillée
Et suintante, tout est plus sec,
Plus cadencé, tout est immobile
Dans les forêts où règnait
Encore hier les naiades
Dans le ciel
Et les nymphes au bord de l’eau,
Lavant les draps de pierre
Sur des statues langoureuses
De femmes voilées, agrippées
Par l’amant hennissant
Haissant les contrariétés
Qui l’empêche de toucher
Sa bien-aimée.

L’été sait
Que les lèvres gèleront,
Que les corps trembleront,
Il sait que les nuées s’abatteront,
Que les pensées frigorifiées
Ne pourront plus envahir
L’univers avec leurs clochettes
Et leurs joies.

Il sait que ces réjouissances
Ont une fin
Il sait que danses s’épuiseront
Que les bars se videront
Que les murmures auront
Remplacé les conversations
Que les lanternes seront
Accrochées sur des portes closes.

Il sait, l’été sait.

L’été sait
Que les cycles n’ont pas d’éternité
Que les sentiments sont limités
Que l’amplitude du chêne
Etendant ses ramages fruités
Comme un roi solitaire
Viendra à se flétrir,
Il ne restera plus
Que le tronc.

L’été sait
Que les amours
D’un soir
S’en iront
Dans les tourbillons
De désirs inachevés.

Il sait que la rancœur
Qui déchire l’harmonie
Et pousse à la mort
N’est qu’un bourgeon
Des hommes occupés
A ternir leur blason
Né aux premières
Pluies, aux premières
Aurores,
Dans des cieux
Brûlants comme
La fournaise.

L’été sait
Que les papillons
Dans le ventre
Formeront un tapis
D’humus
Pour de nouvelles
Chrysalides.

Il sait que tout a une fin.
Il sait que les saisons
Qui durent tuent l’espoir.
Il sait révéiller les attentes
Par de brèves éclaircies.
Il sait que les mésaventures
Solaires écorchent les âmes
Et brisent le sceau
Qui alimentent
Le corps en énergie.
Il sait se résigner
Devant les vents
Qui tournent
En spirales
Jusqu’à avaler
Les hommes
Dans des mers chauffées
Par son soleil si doux.
Il sait que l’amour
Qu’il donne
Pousse par toutes
Les marées
Et toutes les vagues
De chaleur
Les hommes
A chercher la fraîcheur.
Il sait que l’ambition
De régner
N’est qu’une chimère,
Il sait que ses ardeurs
Sont éphémères.

Il sait que les fruits
Tombent dans sa période
De l’année,
Il sait que les chants
S’estomperont,
Il sait que la misère
Des cigales
N’a d’égale
Que l’engagement
Des fourmis et des toiles
Où se branchent
Les proies pour
Que vivent
Une nature
Assoiffée
De douceur
Et d’abondance.

 

Il sait qu’après les rigueurs
Vient le repos.
Il sait que la douceur
Est maîtresse
Dans les galaxies
Sourdes aux piaillements
Insignifiants
Des hommes.
Il sait qu’une terre
Qui produit sans arrêt
S’épuise,
Il sait que l’éternité
Est prisonnière
Des menottes du temps.
Il sait que l’amour
Des entrailles
N’est qu’un billard
De bourreaux
Portant des formes
Agréables et heureuses.

Il sait que les apparences,
(Ah, les apparences ! )
N’ont aucune splendeur.

Il éprouve le crâne
Par le soleil qui tape,
Il tamise sa lumière
Au soir
Quand les âmes
S’épanouissent
Dans une brise inespérée.
Il alterne joies et tristesses,
Pluies déferlantes
Et illusions
Incertaines,
Ciel gris,
Crachats.

Sans ambitions,
Il passe comme un fantôme
En remplissant les greniers
De victuailles.

O douceur infinie du printemps !
Malmenée par les moissons,
Ardues et assoiffées,
Point d’orgue de
De la création qui vibre
Au son des tracteurs
Et des tondeuses ,
Enfin, le fruit est mûr !

Enfin, les récoltes
Sont là !
Enfin, le raisin
Est pressé !
Enfin,
Les guerriers
Farouches
Font tomber
Leur ceinture
Pour pénétrer
Comme un soc
Agraire
Les champs
Fleuris
Embaumant d’essence
Comme des femmes huilées
Et patientes,
Enfin, le voile de l’hiver,
Fait de dentelle mortelle
Est levé !

Amour, gloire, et santé !
Tel est l’été aux relents
De cidres et d’hydromel
Dans des villes en fêtes,
Des nations en bonheur !
Le bruit de la guerre
S’est éloignée !

Enfin ! Le ciel est clair et haut
Après que tourmenté,
Il traversa les hivers,
Après que dénudé,
Il trouva le drap
Des naiades,
Après que plié,
Il retourna
A la forge
Pour s’élever
Comme une coupole
Immense, vaste,
Infinie !

L’été sait,
Il sait
Que sa sagesse
N’est pas démesurée,
Il sait qu’il faut lutter
Silencieusement,
Et s’éteindre
Sans bruit faire,
Hormis les tempêtes
Qui vienent éclairer
Son espirit.

Il sait que si son âme
A de l’élan,
Elle vivra par delà
Tout les nuages,
Là où le soleil ne cesse
De briller !

 

K.B.

Tous droits réservés.

 

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